Démocratie ▪ Partie 1 : Le jour où la Terre s’arrêta …

Cette journée s’annonçait des plus anodines, car absolument rien ne permettait encore de croire en de quelconques singularités s’apprêtant à venir troubler la quiétude de l’ordre établi par une humanité désabusée. Comme toujours, une petite demi-heure ayant été nécessaire pour se remettre de la violente agression d’une monstruosité de technologie dénommée « Réveille-matin », un brin de toilette, un petit café prit à la sauvette et je devais déjà filer afin prendre ce métrobus qui arrivait généralement bien plein. Que voulez-vous ? Ne sommes-nous pas tous dans la même galère ? Vivre pour travailler et travailler pour survivre tout en espérant, un jour prochain, pouvoir enfin atteindre ce niveau budgétaire où le mot « épargne » commencera réellement à vouloir signifier quelque chose.

QuébecTribune  Martin Joseph Lockard 001

Soudain, un coup de sifflet retentit afin de nous avertir qu’il est maintenant l’heure d’avancer. Chaque matin, c’est ainsi que débute la course folle de notre peine quotidienne ! Inexorablement, notre tête retourne sur le billot de la concurrence. On doit rapporter un maximum de profits pour un minimum de coûts, car sinon, le couperet du capitalisme tombera en venant nous remplacer par un autre petit robot. La lutte est de tous les instants, car le petit robot d’hier est maintenant moins neuf que le robot neuf d’aujourd’hui. Malheureusement, force est d’admettre qu’un jour viendra où notre expérience ne suffira plus à compenser les diplômes hyperspécialisés des petits nouveaux de demain. Là est la triste réalité d’un capitalisme que je ne chercherai nullement à remettre en cause, car si la vie peut nous élever au rang d’envahisseur, elle peut tout autant nous réduire au rang d’envahis. Silencieux, j’accomplirai donc ma petite besogne jusqu’à l’heure du dîner.

Assis à la cantine du complexe qui abrite mon lieu de travail, je regardais, par la fenêtre, ces millions de petits êtres qui invectivaient les grands manitous de la circulation tout en courant après le temps qui file, lorsque je réalisai que pour payer mon loyer, je me nourrissais encore d’une vulgaire pizza pochette mollasse que je n’appréciais pas particulièrement tout en discutant avec un collègue qui se nourrissait bien mieux, car ne payant plus son propre loyer. Troquant quelques fibres pour quelques gras trans, j’aurais donc quelques bourrelets de plus à la taille, mais au moins, j’aurais, contrairement à mon collègue, encore un toi sur la tête au début du prochain mois. Sur cette note, le second coup de sifflet de la journée vint mettre un terme définitif à mes rêvasseries sans importance.

À 17 heures, cela avait naturellement été le chemin inverse. Toutefois, m’étant endormi sur la banquette de l’autobus, je m’étais réveillé deux arrêts plus loin que mon terminus habituel, et comme toujours, j’avais dû marcher un peu plus que prévu afin de pouvoir réintégrer mon foyer. En arrivant chez moi, un petit plat de congelé, vite fait bien fait, tout en espérant même plus me rattraper pour ce second égarement alimentaire. Point de place à l’illusion, je ne suivrai jamais ce fameux cours d’aérobie que mon médecin généraliste me prescrit régulièrement lors de mon bilan de santé annuel.

C’est donc épuisé que je me retrouvasse calé dans un fauteuil trop rembourré. Juste assez pour disparaître, l’espace d’une soirée télé. À pareille heure, le cerveau ne répond plus vraiment, et le reportage scientifique est vite remplacé par une réalité qui est tout sauf bien réelle. Tout droit sorti d’un esprit malsain, on nous fait voir l’être humain tel un rat de laboratoire, mais tant pis. Des millions d’années d’évolution auront été balayés par une si pauvre dévolution de la sagesse humaine. Preuve est désormais faite, on nourrit notre esprit avec la même rigueur que l’on nourrit notre panse. La fatigue n’appelle-t-elle pas trop souvent la facilité ?

Après une soirée de futilité, je pitonne une dernière fois tout en allant du premier poste disponible au dernier, et puis, je m’arrête, l’espace d’un instant, sur la retransmission des débats à l’Assemblée nationale du Québec. S’apparentant un peu plus à une taverne de bas quartier qu’à la noble loge de la volonté du peuple, je m’arrête pour écouter, et j’écoute pour tenter de comprendre ( Voir : Note 1 ) :

Mme Diane Lemieux : Mr le Président, ce qui serait tellement facile pour le Premier ministre, c’est de dire aux Québécois : « Je suis conscient qu’il y a 11 personnes dans mes cabinets qui sont interpellées par cette enquête, y compris, également, deux hauts fonctionnaires, et je suis conscient que je dois donner des garanties, à défaut d’avoir à notre disposition un rapport clair, net et précis, de donner des garanties que ces personnes n’ont pas enfreint la Loi électorale. ». Mr le Président, je comprends, au silence du Premier ministre, qu’il est incapable de nous donner ces garanties. Considérant, Mr le Président, qu’il ne peut donner ces garanties, qu’il s’agit … Ce qui est en cause, c’est des manquements à nos lois électorales, c’est aussi une affaire de détournement de fonds dont aurait été au cœur son directeur de cabinet ( Voir : Note 2 ). Est-ce que le Premier ministre convient que la seule solution qu’il nous reste à ce moment-ci, c’est d’indiquer aux Québécois que, ni de près ni de loin, ces personnes ne seront impliquées dans la prochaine campagne électorale ?

Mr Jacques P. Dupuis : Mr le Président, Mr le Président, je suis totalement, complètement dérouté, scandalisé par la question de la leader de l’opposition officielle qui a le front, Mr le Président, de se lever aujourd’hui, en cette Chambre, de poser des questions qui ne sont que des suppositions, des questions qui ne sont faites que pour salir des réputations, des questions qui sont faites au sujet de gens qui ont le droit, comme tous les citoyens du Québec … tous les citoyens du Québec ont le droit à la présomption d’innocence. Il y a actuellement une enquête qui se tient devant un juge réputé, devant un juge impartial, devant un juge, Mr le Président, qui tient une enquête tout à fait objective. Et, si la leader de l’opposition officielle était le moindrement … avait le moindrement d’honnêteté intellectuelle, elle regarderait, elle regarderait … Si la leader de l’opposition officielle, si la leader de l’opposition officielle voulait regarder à sa droite et à sa gauche, et à sa droite et à sa gauche, elle verrait des gens qui ont enfreint la Loi électorale et des gens qui ont enfreint le Code criminel ( Voir : Note 3 ). C’est ça qu’elle verrait.

C’est à ce moment précis que la Terre s’arrêta, car je venais de comprendre ! Comprendre que malgré tous ces efforts quotidiennement déployés par des millions de Québécois afin de financer « Ladite machine de l’État », on ne nous respectait plus. Bien au-delà des apparences, nous étions réellement devenus de petits robots, et devions désormais nous taire tout en persistant à marcher en silence. La vérité était ailleurs, et elle y resterait, car je ne méritais plus de savoir.

Étant donné ce que sa position privilégiée de vice-président du comité du « Non » lui permit d’apprendre au cours de la dernière période référendaire, pourquoi, Mr Jean Charest décida-t-il sciemment d’organiser un scrutin en date du 26 mars 2007, soit cinq jours avant la date de remise du Rapport Grenier prévue, à l’époque, pour le 31 mars 2007 ?

Simulant fort bien l’échange de bons procédés, une première moitié de nos élus semblèrent ainsi vouloir dire qu’ils sauraient ne pas gratter certains sujets, si l’autre moitié de l’assemblée se contentait de ne pas en gratter certains autres. Même si ayant formellement été mandatés pour parler et agir au nom du peuple, nos députés reléguèrent notre démocratie aux affaires non classées. Réalisant que si les uns et les autres s’entretuaient afin de prendre le pouvoir, ils y laisseraient des plumes, et en fin de compte, la balance du pouvoir irait au troisième acteur de notre petite fiction à grand budget. Désormais, la priorité étant d’être réélu plutôt que de faire germer la vérité, un seul choix s’imposait. Mieux valait donc de feindre l’ignorance tout en perdant sa dignité afin de ne pas trop être blessé au combat plutôt que de dignement combattre, l’estafilade au menton et le courage au ventre. La soif de pouvoir avait pris le pas sur l’idéologie politique ! Le message devenait donc vide de sens, mais devait-on réellement la vérité à notre population apparemment sans âmes !

Prochainement, l’état appellerait donc des millions de petits robots aux urnes. Pensant améliorer leur sort, pensant changer leur monde, ces petits robots se prêteraient donc à l’exercice. D’un coup de pince, ils grifferaient un « X » sans valeur pour élire des gens en manque de courage, mais pendant ce temps, je savais déjà que j’userais de mon bulletin de vote afin de me faire un petit avion de papier, car ainsi, il amuserait au moins un enfant qui croit encore qu’au-delà de l’horizon, il existe toujours un monde où il y a autre chose que la lâcheté des hommes.

Mr Le Contribuable

Note 1 : Voici un extrait du journal des débats de l’Assemblée nationale lors de la 2ième session de la 37ième législature ( Séance extraordinaire ) et ayant porté sur l’enquête du DGE concernant Option Canada ainsi que sur le respect de la loi électorale par des membres du personnel politique. Cet échange fut tenu le mardi 20 février 2007 ( Visiter un site complémentaire | Journal des débats ).

Note 2 : Lors de cette intervention, Mme Diane Lemieux parlait de la possible implication de Mr Stéphane Bertrand au sein d’Option Canada.

Note 3 : Lors de cette intervention, Mr Jacques P. Dupuis parlait de certaines interventions qui auraient été pratiquées par certains membres du PQ au cours du référendum de 1995, ainsi que de la consommation avouée de cocaïne de Mr André Boisclair.

Photo : The day the Earth stood still / Mr Joseph Lockard Martin Jr.

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