Démocratie ▪ Partie 1 : Le jour où la Terre s’arrêta …

Cette journée s’annonçait des plus anodines, car absolument rien ne permettait encore de croire en de quelconques singularités s’apprêtant à venir troubler la quiétude de l’ordre établi par une humanité désabusée. Comme toujours, une petite demi-heure ayant été nécessaire pour se remettre de la violente agression d’une monstruosité de technologie dénommée « Réveille-matin », un brin de toilette, un petit café prit à la sauvette et je devais déjà filer afin prendre ce métrobus qui arrivait généralement bien plein. Que voulez-vous ? Ne sommes-nous pas tous dans la même galère ? Vivre pour travailler et travailler pour survivre tout en espérant, un jour prochain, pouvoir enfin atteindre ce niveau budgétaire où le mot « épargne » commencera réellement à vouloir signifier quelque chose.

QuébecTribune  Martin Joseph Lockard 001

Soudain, un coup de sifflet retentit afin de nous avertir qu’il est maintenant l’heure d’avancer. Chaque matin, c’est ainsi que débute la course folle de notre peine quotidienne ! Inexorablement, notre tête retourne sur le billot de la concurrence. On doit rapporter un maximum de profits pour un minimum de coûts, car sinon, le couperet du capitalisme tombera en venant nous remplacer par un autre petit robot. La lutte est de tous les instants, car le petit robot d’hier est maintenant moins neuf que le robot neuf d’aujourd’hui. Malheureusement, force est d’admettre qu’un jour viendra où notre expérience ne suffira plus à compenser les diplômes hyperspécialisés des petits nouveaux de demain. Là est la triste réalité d’un capitalisme que je ne chercherai nullement à remettre en cause, car si la vie peut nous élever au rang d’envahisseur, elle peut tout autant nous réduire au rang d’envahis. Silencieux, j’accomplirai donc ma petite besogne jusqu’à l’heure du dîner.

Assis à la cantine du complexe qui abrite mon lieu de travail, je regardais, par la fenêtre, ces millions de petits êtres qui invectivaient les grands manitous de la circulation tout en courant après le temps qui file, lorsque je réalisai que pour payer mon loyer, je me nourrissais encore d’une vulgaire pizza pochette mollasse que je n’appréciais pas particulièrement tout en discutant avec un collègue qui se nourrissait bien mieux, car ne payant plus son propre loyer. Troquant quelques fibres pour quelques gras trans, j’aurais donc quelques bourrelets de plus à la taille, mais au moins, j’aurais, contrairement à mon collègue, encore un toi sur la tête au début du prochain mois. Sur cette note, le second coup de sifflet de la journée vint mettre un terme définitif à mes rêvasseries sans importance.

À 17 heures, cela avait naturellement été le chemin inverse. Toutefois, m’étant endormi sur la banquette de l’autobus, je m’étais réveillé deux arrêts plus loin que mon terminus habituel, et comme toujours, j’avais dû marcher un peu plus que prévu afin de pouvoir réintégrer mon foyer. En arrivant chez moi, un petit plat de congelé, vite fait bien fait, tout en espérant même plus me rattraper pour ce second égarement alimentaire. Point de place à l’illusion, je ne suivrai jamais ce fameux cours d’aérobie que mon médecin généraliste me prescrit régulièrement lors de mon bilan de santé annuel.

C’est donc épuisé que je me retrouvasse calé dans un fauteuil trop rembourré. Juste assez pour disparaître, l’espace d’une soirée télé. À pareille heure, le cerveau ne répond plus vraiment, et le reportage scientifique est vite remplacé par une réalité qui est tout sauf bien réelle. Tout droit sorti d’un esprit malsain, on nous fait voir l’être humain tel un rat de laboratoire, mais tant pis. Des millions d’années d’évolution auront été balayés par une si pauvre dévolution de la sagesse humaine. Preuve est désormais faite, on nourrit notre esprit avec la même rigueur que l’on nourrit notre panse. La fatigue n’appelle-t-elle pas trop souvent la facilité ?

Après une soirée de futilité, je pitonne une dernière fois tout en allant du premier poste disponible au dernier, et puis, je m’arrête, l’espace d’un instant, sur la retransmission des débats à l’Assemblée nationale du Québec. S’apparentant un peu plus à une taverne de bas quartier qu’à la noble loge de la volonté du peuple, je m’arrête pour écouter, et j’écoute pour tenter de comprendre ( Voir : Note 1 ) :

Mme Diane Lemieux : Mr le Président, ce qui serait tellement facile pour le Premier ministre, c’est de dire aux Québécois : « Je suis conscient qu’il y a 11 personnes dans mes cabinets qui sont interpellées par cette enquête, y compris, également, deux hauts fonctionnaires, et je suis conscient que je dois donner des garanties, à défaut d’avoir à notre disposition un rapport clair, net et précis, de donner des garanties que ces personnes n’ont pas enfreint la Loi électorale. ». Mr le Président, je comprends, au silence du Premier ministre, qu’il est incapable de nous donner ces garanties. Considérant, Mr le Président, qu’il ne peut donner ces garanties, qu’il s’agit … Ce qui est en cause, c’est des manquements à nos lois électorales, c’est aussi une affaire de détournement de fonds dont aurait été au cœur son directeur de cabinet ( Voir : Note 2 ). Est-ce que le Premier ministre convient que la seule solution qu’il nous reste à ce moment-ci, c’est d’indiquer aux Québécois que, ni de près ni de loin, ces personnes ne seront impliquées dans la prochaine campagne électorale ?

Mr Jacques P. Dupuis : Mr le Président, Mr le Président, je suis totalement, complètement dérouté, scandalisé par la question de la leader de l’opposition officielle qui a le front, Mr le Président, de se lever aujourd’hui, en cette Chambre, de poser des questions qui ne sont que des suppositions, des questions qui ne sont faites que pour salir des réputations, des questions qui sont faites au sujet de gens qui ont le droit, comme tous les citoyens du Québec … tous les citoyens du Québec ont le droit à la présomption d’innocence. Il y a actuellement une enquête qui se tient devant un juge réputé, devant un juge impartial, devant un juge, Mr le Président, qui tient une enquête tout à fait objective. Et, si la leader de l’opposition officielle était le moindrement … avait le moindrement d’honnêteté intellectuelle, elle regarderait, elle regarderait … Si la leader de l’opposition officielle, si la leader de l’opposition officielle voulait regarder à sa droite et à sa gauche, et à sa droite et à sa gauche, elle verrait des gens qui ont enfreint la Loi électorale et des gens qui ont enfreint le Code criminel ( Voir : Note 3 ). C’est ça qu’elle verrait.

C’est à ce moment précis que la Terre s’arrêta, car je venais de comprendre ! Comprendre que malgré tous ces efforts quotidiennement déployés par des millions de Québécois afin de financer « Ladite machine de l’État », on ne nous respectait plus. Bien au-delà des apparences, nous étions réellement devenus de petits robots, et devions désormais nous taire tout en persistant à marcher en silence. La vérité était ailleurs, et elle y resterait, car je ne méritais plus de savoir.

Étant donné ce que sa position privilégiée de vice-président du comité du « Non » lui permit d’apprendre au cours de la dernière période référendaire, pourquoi, Mr Jean Charest décida-t-il sciemment d’organiser un scrutin en date du 26 mars 2007, soit cinq jours avant la date de remise du Rapport Grenier prévue, à l’époque, pour le 31 mars 2007 ?

Simulant fort bien l’échange de bons procédés, une première moitié de nos élus semblèrent ainsi vouloir dire qu’ils sauraient ne pas gratter certains sujets, si l’autre moitié de l’assemblée se contentait de ne pas en gratter certains autres. Même si ayant formellement été mandatés pour parler et agir au nom du peuple, nos députés reléguèrent notre démocratie aux affaires non classées. Réalisant que si les uns et les autres s’entretuaient afin de prendre le pouvoir, ils y laisseraient des plumes, et en fin de compte, la balance du pouvoir irait au troisième acteur de notre petite fiction à grand budget. Désormais, la priorité étant d’être réélu plutôt que de faire germer la vérité, un seul choix s’imposait. Mieux valait donc de feindre l’ignorance tout en perdant sa dignité afin de ne pas trop être blessé au combat plutôt que de dignement combattre, l’estafilade au menton et le courage au ventre. La soif de pouvoir avait pris le pas sur l’idéologie politique ! Le message devenait donc vide de sens, mais devait-on réellement la vérité à notre population apparemment sans âmes !

Prochainement, l’état appellerait donc des millions de petits robots aux urnes. Pensant améliorer leur sort, pensant changer leur monde, ces petits robots se prêteraient donc à l’exercice. D’un coup de pince, ils grifferaient un « X » sans valeur pour élire des gens en manque de courage, mais pendant ce temps, je savais déjà que j’userais de mon bulletin de vote afin de me faire un petit avion de papier, car ainsi, il amuserait au moins un enfant qui croit encore qu’au-delà de l’horizon, il existe toujours un monde où il y a autre chose que la lâcheté des hommes.

Mr Le Contribuable

Note 1 : Voici un extrait du journal des débats de l’Assemblée nationale lors de la 2ième session de la 37ième législature ( Séance extraordinaire ) et ayant porté sur l’enquête du DGE concernant Option Canada ainsi que sur le respect de la loi électorale par des membres du personnel politique. Cet échange fut tenu le mardi 20 février 2007 ( Visiter un site complémentaire | Journal des débats ).

Note 2 : Lors de cette intervention, Mme Diane Lemieux parlait de la possible implication de Mr Stéphane Bertrand au sein d’Option Canada.

Note 3 : Lors de cette intervention, Mr Jacques P. Dupuis parlait de certaines interventions qui auraient été pratiquées par certains membres du PQ au cours du référendum de 1995, ainsi que de la consommation avouée de cocaïne de Mr André Boisclair.

Photo : The day the Earth stood still / Mr Joseph Lockard Martin Jr.

Commission Ménard : Trois petits tours et puis s’en vont …

Quelle merveilleuse initiative que cette Commission spéciale d’examen qui fut présentée, le mercredi 8 mai 2013, par le ministre de la Sécurité publique, Mr Stéphane Bergeron, et qui traitera des circonstances ayant entouré ces fameuses manifestations du printemps 2012 ! Le tout devant débuter le lundi 3 juin 2013 avec Serge Ménard aux tickets, Bernard Grenier aux ballons et Claudette Carbonneau aux rafraîchissements.

Une opération qui visera autant à identifier les diverses techniques utilisées par les gentilles forces étudiantes que celles utilisées par les méchantes forces policières, car il faut, semble-t-il, tenter de découvrir les facteurs ayant réellement contribué à l’apparition de certains débordements lors de « la » crise étudiante. Cependant, le souhaite-t-on réellement ?

QuébecTribune  Ménard Serge 001

Une commission qui nous coûtera, au moins, la bagatelle somme de 400 000 $, mais qui se teindra à huis clos et qui n’aura pas le pouvoir de contraindre qui que ce soit à venir témoigner. Autrement dit, on ne vise pas à trouver des coupables, car on vise plutot à éclairer le gouvernement sur les meilleurs moyens à adopter afin de détecter les divers signes avant-coureurs d’éventuels troubles sociaux et sur les meilleures façons d’y réagir.

Un mandat bien lourd pour ces agents d’une opération médiatique qui ne disposent d’aucune expertise en pareille matière ? Comme d’habitude ! La mouvance des foules est pourtant un champ d’études des plus spécifiques, mais a-t-on réellement besoin de la lumière de la connaissance pour comprendre lorsque c’est l’État qui juge de ce que l’on devrait bien comprendre ? Que pourra bien pondre mère l’oie ? Un œuf en or ! Un rapport doré faisant l’éloge des uns tout en grondant ces autres qui n’ont encore rien compris, ces autres qui auront pourtant encore le fardeau de la facture ! Un Œuf doré qui sera sans doute déjà sou presse avant même le début des travaux de notre noble assemblée ! Que pourrait-on y dire de plus, si ce n’est de vouloir dénoncer la futilité de pareil exercice !

Lors d’une allocution officielle ayant eu lieu au Palais des congrès de Montréal le vendredi 20 avril 2012, Mr Jean Charest déclara à une assemblée d’hommes d’affaires : « Le Salon du Plan Nord que nous allons ouvrir aujourd’hui, qui est déjà très populaire — Les gens courent de partout pour entrer — est une occasion, notamment pour les chercheurs d’emplois. Alors à ceux qui frappaient à notre porte ce matin, on pourra leur offrir un emploi, dans le Nord autant que possible »

Des associations étudiantes fondées selon les propres prémisses de la Loi sur les syndicats professionnels plutôt que sur la Loi sur l’accréditation et le financement des associations étudiantes ( Voir : Note 1 ), des associations financées par la CSN évaluée par l’ex-présidente de la CSN ( Voir : Note 2 ), trois petits cochons sans diplômes ( En gestion, en économie ou en droit ) voulant refaire le monde en nous montrant comment les grands devraient gérer l’État devant une populace économiquement en otage, et un grand loup à culotte rouge devinant déjà que le compte se terminerait sans lui. Soucieux de ne point partir dans la disgrâce, ne valait-il pas mieux d’attiser la colère de la foule avec des paroles manquant un tantinet de dignité : « Alors à ceux qui frappaient à notre porte ce matin, on pourra leur offrir un emploi, dans le Nord autant que possible » ? Quelques paroles pour faire oublier la véritable cause du soulèvement d’un troupeau fiscalement à égorger et personne ne persista à tergiverser sur le sens moral dudit loup.

Le PQ et Québec Solidaire ne surent y voir qu’une fenêtre d’opportunisme politique, comme si le simple fait de crier « à l’échafaud » ne pouvait pas tout aussi mener une société entière vers un désordre social incontrôlable, mais qui se souvient encore de « Danton » ? Même en étant mus par une simple idéologie manquant de consistance, nous étions déjà carrément dans le domaine de l’irresponsabilité politique, mais nous n’étions plus à une bêtise près !

Le micro appartenait désormais à nos trois petits cochons qui avaient su en prendre possession à la manière de trois enfants-roi sachant imposer leur dictat dans un magasin de jouets, Mr Martineau craignait pour la sécurité de sa famille, Mr Chapleau n’avait plus le courage de rire de son prochain par crainte de faire écorcher sa voiture et la pertinence des observations de Mr Mircea Vultur en ce qui avait trait à l’intime relation entre études et travail n’existait plus ( Inadéquation entre études et travail ), car plus personne ne cherchait à comprendre. Désormais, la démocratie appartenait à celui qui avait le plus gros bâton ! Pauvres homo sapiens sapiens que nous sommes !

Hier encore, nous avons eu la preuve que si tous étaient prédisposés à parler en notre nom, absolument personne ne se souciait de ces Québécois qui avaient investi leur fond de pension dans d’honnêtes petits commerces en plein cœur d’une métropole en déroute. Le PQ aura donc beau feindre de chercher à comprendre, mais il est désormais trop tard pour ces petits générateurs d’emplois non subventionnés, car la clef est maintenant dans la porte ! Alors Mme Marois, gambader et chanter, casseroles à la main ou pas …

… car pendant que nous nous remettons péniblement de la veille, il en reste toujours de moins en moins sur notre talon de paie. Par contre, nos trois petits cochons, quant à eux, seront au moins parvenus à se décrocher de fort enviables fonctions. Pendant que les études de la majorité stagnaient pour de beaux principes, les carrières de notre célèbre trio avançaient. En définitive, ils l’auront eu, cette belle maison de briques rouges qui avait tant berçé leurs rêves d’enfants ( Voir : Note 3 ).

Mr Le Contribuable

N.B. La Coalition large de l’association pour une solidarité syndicale étudiante ( La CLASSE ) fut une coalition temporaire qui avait initialement été créée autour de l’Association pour une solidarité syndicale étudiante ( L’ASSÉ ) afin de mieux lutter contre la hausse des frais de scolarité en coordonnant avec plus d’efficacité et plus d’efficience les manifestations étudiantes du « printemps érable ». Lors du congrès du samedi 3 novembre 2012, la CLASSE fut donc dissoute, car n’ayant plus réellement de raison d’être.

Note 1 : Selon son propre site internet, l’Association pour une solidarité syndicale étudiante ( L’ASSÉ ) se définit comme étant « une organisation de type syndical qui regroupe, à l’échelle du Québec, plus de 40 000 membres dans plusieurs associations étudiantes à la fois collégiales et universitaires d’un bout à l’autre du Québec ». De plus, la constitution de cette association, telle que décrite au Registraire des entreprises du Québec, fut curieusement dictée en vertu de l’article 1 de la Loi sur les syndicats professionnels plutôt qu’en vertu de la partie 3 de la Loi sur les compagnies. Ce qui est fort étonnant puisqu’elle est, dans les faits, une association qui regroupe des étudiants et non des salariés. Pareilles distorsions administratives en suggèrent donc long sur les réelles intentions de pareil organisme ( Visiter un site complémentaire | The Prince Arthur Herald ).

Note 2 : La Confédération des syndicats nationaux ( CSN ) avoua avoir fourni un certain soutien logistique, humain et financier aux étudiants en grève. Entre autres, ils fournirent de l’aide ponctuelle pour la location de salles et d’autobus. De plus, nous pouvons noter une aide financière substantielle de 30 000 $ octroyée à l’ASSÉ en provenance du Syndicat canadien de la fonction publique ( SCFP ) de l’Ontario. En effet, Mlle Nancy MacBain représentant le personnel enseignant de l’Université McMaster d’Hamilton avait autorisé un premier appui de 10 000 $, et Mr Wayne Dealy représentant le personnel enseignant de l’Université de Toronto avait autorisé un second appui de 20 000 $ en guise de geste de solidarité envers l’ASSÉ. Même si étant parfaitement légales, cesdites dernières actions semblèrent vouloir encourager une certaine déstabilisation politique et économique interprovinciale ! Ce qui est loin d’être peu de choses étant donné l’actuelle situation politique particulière du Québec au sein du Canada.

Note 3 : Ici, je me suis permis la métaphore des trois petits cochons, car tout au long du printemps 2012, je me suis souvenu de certains propos qui avaient déjà été tenus par le dirigeant d’une puissante centrale syndicale du monde de la construction et qui en voulait, à l’époque, tout particulièrement au PLQ.

Photo : Mr Serge Ménard

Sondage pour « Artistes oubliés » et « Artisans méprisés »

QuébecTribune  Béland Pier 001

Pour mesurer l’état de santé d’une démocratie, on peut autant chercher à analyser le traitement accordé à une presse dite divergente que le traitement accordé aux troubadours, car de tout temps, l’autorité a toujours cherché à contrôler le message. Autrement dit, il n’y a pas de presse libre dans une dictature, car il n’y règne qu’un ministère de la Propagande, soit un ministère qui tend toujours à nous dicter quoi penser et quand penser via de coûteuses campagnes publicitaires. Dans un tel contexte, il n’y a donc plus de place pour les troubadours, car ceux-ci sont aussitôt jetés en prison pour hérésie envers l’État advenant certains écarts de philosophie avec les dogmes imposés par le dictat de l’heure.

Au Québec, de nombreux artistes mangent à la même table que nos politiciens, et ce système relationnel y est donc très fort, mais que deviennent ceux qui ne mangent pas à pareille auge ? L’histoire de Mme Pier Béland en est le meilleure des exemples. Naturellement, je ne dis pas que celle-ci fut la suprême diva du Québec, mais je dis qu’elle fut une artiste complète et sincère indéniablement aimée par un public fidèle de la même trempe que Michèle Richard et Michel Louvain, et ce, au-delà de bien des chanteurs actuellement imposés par l’industrie. Ce qui est, admettons-le, déjà fort enviable pour la plupart des membres de la colonie artistique du Québec. La carrière de cette dame aurait donc toujours dû impliquer une couverture médiatique appropriée, mais cela fut-il réellement le cas ?

Maintenant, remontons le temps à cette époque où foisonnait « Piment fort » et autres émissions caustiques. Cette époque où nos humoristes vedettes d’aujourd’hui se faisaient connaître en faisant quotidiennement usage de propos tout aussi diffamants que cruels envers cette petite poignée d’artistes québécois qui parvenaient à vivre malgré qu’on ne voulait pas les faire jouer à la radio, comme si ces derniers ne payaient pas aussi des taxes. À cette époque, notre intelligentsia qualifiait la radio de Québec comme étant de la « Radio poubelle », car Mr André Arthur osait dénoncer les excessives dépenses d’une grande dame, handicapée de surcroît, soit une certaine lieutenante gouverneure, mais avec le recul, qui avait la fausse note ? Qui tenait réellement les poignés de cette poubelle du mauvais goût ?

Avec le temps, Mr Normand Brathwaite a fini par dire, comme plusieurs autres humoristes que l’humour de l’époque ne passerait plus aujourd’hui, mais n’a jamais eu le courage de s’excuser pour les atrocités qu’il colporta quotidiennement avec ses invités ! Pourtant, pareille haine impliqua que Pier Béland ne put jamais signer son œuvre « Maudit Bordel », car cette œuvre aurait aussitôt été rejetée par une intelligentsia méprisante envers ceux qui savent être aimés sans être subventionné. En effet, ce n’est qu’avec le bout des lèvres, qu’on finit par reconnaître la paternité de Mme Béland sur ladite œuvre, et ce, avec bien peu de mots. Recopiant et recollant la même petite phrase d’un média à l’autre : « … Chanson qui lui a été donnée par Pier Béland et qui remporta un immense succès … » tout en omettant de dire l’essentiel.

Naturellement, Pier Béland n’eut que rarement la chance d’être invitée ici et là afin de nous raconter quelques insipides états d’âme, ne fut jamais approchée afin de devenir panéliste ou jurée, ne fut jamais sélectionnée pour qu’on refasse la décoration de son sous-sol, car elle ne faisait pas partie de la « Gang ». Sur le plateau de la Métropole, on résume encore aujourd’hui, la carrière de Marie-Chantal Toupin par la dimension de sa poitrine tout en se moquant toujours de Pier Béland. Sommes-nous un grand peuple émancipé de tolérance ?

Personnellement, je n’ai jamais acheté un disque de Pier Béland, pas parce que celle-ci n’était pas une véritable chanteuse, mais parce que je ne faisais pas parti de ce public qui l’admirait et qui avait, aussi, le droit d’exister. Par contre, j’ai toujours eu un très grand respect pour ces artistes qui ont su mériter la reconnaissance de leur publique malgré un système qui ne voulait pas d’eux, et à l’époque, j’avais cessé d’écouter « Piment fort », car j’avais fini par comprendre que je n’étais plus en face d’une émission humoristique, mais en face d’une « Télévision Poubelle » où le mépris était royalement rémunéré.

Mme Béland, merci pour ces belles années. Toutefois, votre aventure ne se terminera pas ainsi, car il restera toujours ce petit air de déjà vu, afin de nous rappeler que la vie, n’est parfois rien d’autre qu’un maudit Bordel. Votre prochain disque bénéficiera d’une couverture médiatique comme nul autre auparavant, et ce sera si peu, si tard …

La Direction

N.B. Le mardi 16 avril 2013, Mme Béland fut emportée par un cancer de l’utérus qui avait été que trop tardivement diagnostiqué. Le combat fut empreint d’espoir depuis juin dernier, mais fait désormais place aux souvenirs.

Photo : Mme Pier Béland

Peuple paresseux : La bouteille restera à la mer …

Au cours de la dernière année, le Québec fut ébranlé par bon nombre de manifestations populaires qui furent souvent couvertes à l’international de par la nature même des débordements qu’elles suscitèrent. Certains eurent rapidement recours à L’œuvre de Delacroix afin de se forger une digne image d’enfant de la patrie, mais le germe d’un réel changement doit-il nécessairement toujours passer par cette image de l’ouvrier pauvre voulant nourrir ses enfants et devant affronter seul les impératifs d’un méchant système capitaliste ? Ce système n’est certes pas un meilleur absolu en tout, mais il sait quand même faire encore place, au moins, à la possibilité d’espérer mieux.

Dans les faits, la Révolution française fut initiée par celui dont on s’y attendrait le moins. En effet, c’est un certain Louis Capet ( Louis XVI ) qui commença à instaurer le changement en interdisant, entre autres, la torture juridique. Il ne devait pas s’attendre à ce que ce début de changement puisse ainsi éventuellement prendre la forme d’un tsunami, car sous l’effet de l’emportement, sous l’effet de l’ivresse d’un soudain pouvoir populaire, une foule incontrôlée n’a absolument plus d’inhibitions. Même s’il avait su nourrir le peuple en insufflant le désir de changement, Danton ne fut-il pas lui-même emporté par une foule vindicative ne sachant plus trop sur quel clou frapper ? Comme a déjà dit Mr Victor Lévy  Beaulieu : « Il est difficile de dire à partir de quel mot une révolution commence réellement ». Ce sur quoi je me permettrais d’ajouter : « Mais il est encore plus difficile de dire jusqu’où ces mots nous porteront ! ». Toutefois, je m’étonne encore de constater, que les protagonistes de notre printemps érable purent aussi rapidement prendre le contrôle de nos grands médias, et ce, tout en prônant le musellement de certains journalistes et caricaturistes bien connus, car dans les faits, la priorité de toute révolution a toujours été la liberté de la presse, la liberté de parole et non le musellement de celles-ci.

Je crois que nos grands médias devraient entamer un véritable exercice de conscience sur ce printemps qui ne nous permit nullement de constructivement faire un pas vers l’avant. L’actualité fut-elle correctement présentée ? Avons-nous censuré certains événements ? J’ose croire que non ! Certes, les médias nous montraient la fureur d’un peuple près à tout pour pouvoir désespérément aspirer au changement, mais la question demeurait les frais de scolarité et rien de plus. Mais pourquoi en sommes-nous arrivés là ? Serait-ce possible que les gens aient été exaspérés de voir un scandale en remplacer un autre ? Serait-ce possible que les gens n’acceptent plus qu’un drame soit remplacé par une futilité de télé-réalité présentée comme une question d’État en plein milieu d’un bulletin de nouvelles ? Montréal aurait-elle tant souffert, car nos grands médias seraient trop paresseux, acceptant toujours réponses mémorisées et déclarées à la va-vite comme si la priorité était la simple réalisation d’un topo de deux minutes pour le 18 heure, comme si le peuple n’avait plus ce droit inaliénable de connaître la vérité !

Ce qui me ramène à ce fameux mois de septembre 1989. Un mois comme un autre si ce n’est de cette bien curieuse conférence de presse que donna maître Guy Bertrand ( Télécharger le document pdf | 2,18 Mo ). À l’époque, je me souviens d’avoir été, malgré mon jeune âge, sidéré par l’importance et la solennité des propos qui y avaient été dits. À l’aube d’élection où il briguait le poste de ministre de la Justice, un avocat de bonne réputation avait osé se lever afin de dénoncer notre propre et sacro-saint système de justice tout entier. Celui-ci ne requérant pas moins qu’une commission d’enquête sur la Justice du Québec.

Le choix des mots fut fort et sans aucun compromis dans le quotidien « Le Soleil » daté du vendredi 8 septembre 1989 : « Le Watergate, c’était une petite affaire. Ici, on parle de corruption de l’appareil juridique … Il m’a dit : « Maître Guy Bertrand, vous semez la panique au ministère du Solliciteur général et de la Justice, car on se dit là-bas que si jamais vous êtes élu, avec l’immunité absolue et tout ce que vous savez, ça va être épouvantable ! » … »

Mr Bertrand dénonça certaines problématiques allant du conflit d’intérêts ministériel, à la mise sur pied de soirées alliant argent, drogue et prostitués aux frais de la princesse. Événements où étaient conviés juges, procureurs de la Couronne, délateurs et policiers dans des chalets privés. Je ne fus donc pas surpris des résultats de la Commission du juge Bastarache qui amena la population du Québec à se questionner sur la possibilité d’un retour d’ascenseur lors de causes juridiques concernant le Parti Libéral du Québec et qui aurait été présidée par certains magistrats ayant fait l’objet d’une nomination partisane.

La candidature de Mr Bertrand n’avait pas eu l’heur de plaire au sein du ministère de la Justice. Un informateur anonyme l’aurait même averti que tous les moyens possibles seraient utilisés par certaines personnes de ce ministère afin d’empêcher son élection. Pourrait-il réellement y avoir eu ingérence du politique dans le judiciaire et vice versa ? À l’époque, maître Gil Rémillard ne pouvait pas parler, car il y avait enquête, mais selon ce dernier, si Mr Bertrand détenait des preuves, il n’avait qu’à transmettre celles-ci à la Sûreté du Québec. Toutefois, Mr Bertrand désirait avoir recours à l’immunité parlementaire pour pouvoir s’exprimer. Un véritable préquelle de l’affrontement entre Marc Bellemare et Jean Charest !

Par la suite, Mr Bertrand dénonça la triste Affaire Tommy D’Errico ! Ce Mr D’Errico était, à cette époque, président de la société de construction « Beaver Asphalte » et trésorier officiel du PLQ. C’est d’ailleurs lui qui avait recruté Franco Fava, deux ans plus tôt, afin de faire collaborer ce dernier avec Marc-Yvan Côté à de subséquentes campagnes électorales. Lorsque le PLQ fut élu, le nouveau gouvernement dézona aussitôt pas moins de 4 444 hectares de la ville de Laval, soit près de 40 % de son territoire jusqu’alors zoné agricole. Toutefois, il fut ultérieurement établi que certains de ces terrains appartenaient déjà à la famille de Tommy d’Errico. Les profits d’une telle opération se seraient élevés à quelques centaines de millions de dollars. Le président du comité exécutif de la ville de Laval, Gilles Vaillancourt, avait d’ailleurs soutenu que la nouvelle zone verte consolidait, en fin de compte, les véritables terres agricoles de Laval, et ce, même si 69 % des citoyens de Laval étaient farouchement opposés audit projet. Le mardi 27 juin, Mr d’Errico démissionna de son poste de président de la Commission des finances du PLQ, et le même jour, le ministre de la Justice annonça que, faute d’indices qu’une infraction avait été commise, aucune enquête policière ne serait faite dans cette affaire. Le nom de Tommy D’Errico était aussi apparenté, par les médias, à deux autres histoires concernant l’attribution de contrats de voirie et une certaine affaire entourant un immeuble de place d’Youville dans la Capitale ( Voir : Note 1 ). Connaissant ces quelques faits pour les avoir simplement lus dans les grands quotidiens de l’époque, comment nos actuels grands penseurs purent-ils tant feindre la surprise par tout ce qui fut dit à la commission Bastarache et tout ce qui continue d’être quotidiennement dit à la commission Charbonneau ? Amnésie sélective ? Celle-là, ce n’est pas la première fois qu’on nous l’aura chanté !

À l’époque, Mr Bertrand dénonça aussi l’existence de fonds spéciaux d’opérations de plusieurs millions de dollars qui avaient pour but d’être distribué par des cadres de la SQ à des délateurs sans que cesdits fonds ne soient contrôlés par le Vérificateur général du Québec, mais le mardi 11 décembre 2012, un communiqué nous révéla que Richard Deschênes ( Ex-directeur général de la SQ ), Jean Audette ( Ex-directeur adjoint des enquêtes criminelles ) et Steven Chabot ( Ex-directeur adjoint des enquêtes criminelles ) étaient actuellement soupçonnés d’utilisation inappropriée des fonds spéciaux d’opérations. Ce sont les plaintes de la commissaire France Charbonneau qui auraient mené à certaines enquêtes auprès de hauts gradés de la SQ, car il y avait eu récemment caviardage de documents et obstruction de la part de la SQ lors du transfert de la preuve concernant l’enquête « Diligence ». Étonnant !

Il y a 20 ans, Mr Bertrand avait laissé sous-entendre que ses 20 ans de métier l’avaient amené à découvrir des informations susceptibles de placer dans l’eau chaude les hautes autorités judiciaires, et celui-ci avait conclu en disant que le Watergate n’avait été qu’une petite affaire, car ici, on parlait de corruption de l’appareil juridique. D’où la nécessité de mettre sur pied une véritable commission d’enquête royale sur la justice québécoise. Autrement dit, on ne proposait plus de simplement balayer, mais plutôt de tout nettoyer au grand jet d’eau.

QuébecTribune  Bertrand Guy 001

J’aimerais donc dire qu’au Québec, les véritables fils de la patrie ne courent pas les rues, mais il y en aura eu au moins un qui aura osé se lever seul afin d’affronter Goliath. Qui osa ce lever seul afin qu’on puise collectivement s’attaquer à la véritable racine du mal. Chose que nous n’avons toujours pas faite, et aujourd’hui, nous couvrons des manifestations sans fin, car la colère gronde. Naturellement, notre citoyen modèle ne fut jamais nommé juge pendant que le PLQ se targuait de quelques nominations non partisanes. Mais où étaient cachés ces braves du PQ lors de la conférence de presse de Mr Bertrand ? Étaient-ils dans la rue avec des casseroles où près de leur confrère à le soutenir face à l’adversité ? Furent-ils de ceux qui tentèrent de retenir Mr Bertrand lorsque celui-ci quitta la politique quelque temps après son apparente déception ? Nous ne le saurons jamais !

Mr Chapleau aura fort bien gagné sa croûte en se moquant dudit juriste au sain de l’émission consacrée à notre ami Gérard D. Laflaque. Toutefois, force est d’admettre qu’il est bien mal venu de rire d’autrui, lorsque soi-même avouons, non sans peine, avoir censurer notre propre travail au cours de la crise étudiant par peur de représailles. En effet, Mr Chapleau semble avoir bien moins de courage que de talent. Je le reconnais, le désordre social qui régnait à l’époque était fort intimidant, mais s’il était normal, par simple peur, de penser à remplacer une caricature anti-carrés-rouges par une caricature anti-Jean-Charest, il n’était absolument pas admissible de ne pas publiquement dénoncer un état de fait. Mr Chapleau aurait dû dénoncer son manque de liberté sans rire de ceux qui eurent plus de courage que lui-même. Alors ! Caméra 1 ! Caméra 2 ! Ciel, Mr Chapleau ! Était-ce vous-même que vous décriviez de la sorte ?

Naturellement, Mr Chapleau est un homme d’un très grand talent, mais lorsque les orateurs commencent à ne plus s’exprimer avec les mots qu’il souhaiterait employer, lorsque les journalistes ne présentent plus les nouvelles qu’ils voudraient pourtant traiter ( Ils sont très nombreux ! ), lorsque les dessinateurs commencent à ne plus dessiner la réalité tel qu’ils la perçoivent, la démocratie ne vaut même plus le poids de son ombre. Malheur à nous, car les sous noirs n’existent plus !

La cause désespérée qui semait, encore hier, tollé et indignation est vite remplacée par une populaire banalité. La roue tourne, les caméras filment, il nous faut de la nouvelle qui fait vendre. On aura temporairement déguisé notre petite victime en vedette d’un soir, on aura imprimé suffisamment de petits canards afin d’alimenter la section des caisses au supermarché. Peu importe que notre cause désespérée finisse dans l’indifférence, car nous en aurons, au moins, tiré bon profit. Bien venue dans ce monde où on fait désormais la « Une » avec ce qui rapporte plutôt qu’un monde où on rapporte la « Une » qui crée le changement …

… En écrivant ces quelques mots, j’ai eu quelques hésitations moi aussi, mais ne suis-je pas libre ? Et vous, Mr Chapleau, êtes-vous encore libre ?

Mr Le Contribuable

Note 1 : Mr Tommy D’Errico et « Beaver Asphalte » firent faillite durant la Commission d’enquête sur le Viaduc de La Concorde. L’entreprise « Beaver Asphalte » avait été responsable de la construction du Viaduc du Souvenir à Laval sur l’autoroute 15, effondré le dimanche 18 juin 2000 en causant un mort et deux blessés. En 2000, la célèbre entreprise fondée par Mr D’Errico fut rachetée par … Tony Accurso.

Photo : Mr Guy Bertrand

Émancipation d’un peuple : Plus qu’une simple histoire de couleur …

Sommes-nous réellement un peuple émancipé ? Naturellement, les fédéralistes diront que le Canada est un parfait symbole de paix emprunt d’une riche diversité culturelle et les souverainistes diront que les méchants Anglais nous briment toujours dans nos droits les plus fondamentaux, mais qui a raison ? Soucieux de prévaloir notre affirmation collective, devrions-nous, encore, être simplement rouge ou bleu ?

Dans un texte précédent, j’avais commencé à échafauder une bien ambiguë théorie, en apparence, entourant l’émancipation des Québécois. Présentant la souveraineté comme n’étant nullement le fondement de notre émancipation tel que savamment appris chez les souverainistes, mais comme étant, plutôt, un possible véhicule de cette même émancipation. Ce véhicule valant tout autant, a priori, qu’un fédéralisme amandé. Une petite différence du point de vue des mots, mais une énorme différence en ce qui a trait à la façon de nous la présenter. Car si le choix de la marque de voiture est primordial lorsque j’ai comme but de m’en acheter une, cette même marque devient un peu moins prioritaire lorsque mon but premier est simplement de me déplacer d’un point A à un point B. En effet, peu importe la marque du taxi qui me conduit, lorsqu’on m’attend pour une entrevue, ce qui m’importe n’est-il pas uniquement d’y arriver à temps ?

Depuis fort longtemps, on nous présente la souveraineté comme étant la question première afin de faire un tri dans nos petites chaumières. Le salon pour les rouges, la cuisine pour les bleus et on évite de parler politique à table. Une approche simpliste qui visait à éviter la bisbrouille lors des réveillons, mais qui servait, aussi, à simplifier le produit politique. Toutefois, l’ADQ avait fait renaître, chez le Québécois moyen, cette façon de classer nos idéologies selon une droite et une gauche. Cela aurait pourtant dû nous mener vers un débat un peu plus sain, mais aujourd’hui, que reste-t-il de cette vaine tentative ? Continuera-t-on à noyer le poisson par simple paresse ou par peur de déplaire à l’électorat ?

Imaginons deux jeunes Québécois, l’un de 28 ans vivant encore chez ses parents et un second de 18 ans vivant en appartement. Si je vous demande lequel de ces deux individus est le plus émancipé, vous aurez tôt fait de me répondre, avec grande conviction, que le second est plus émancipé que le premier, car ayant désormais démontré qu’il pouvait fort bien se débrouiller seul dans la vie. Cependant, cela pourrait-il être qu’illusion ? Que dirait-on si j’ajoutais que le premier avait un emploi stable, vivait dans le sous-sol de la maison de ses parents avec sa femme, payait sa part des taxes foncières et son épicerie hebdomadaire, pendant que le second était encore aux études, que papa payait toujours loyer et électricité pendant que maman faisait toujours son lavage ? Dirait-on, encore, que le second est plus émancipé que le premier ? La souveraineté n’est donc pas toujours la première étape vers l’émancipation, car celle-ci commence, avant tout, dans notre tête. Une fois que nous aurons collectivement appris à convenablement gérer nos revenus et nos actifs avec maturité, le fait de savoir si on veut demeurer chez ses parents ou partir en logement deviendra un choix strictement personnel qui en vaudra un autre, et dont les finalités ne pourront absolument plus nous faire peur, car nous saurions, qu’ensemble, nous pouvons tout faire, et tout réussir en autant d’y mettre les efforts nécessaires. N’est-il pas plus facile de quitter le nid familial tout en sachant qu’on a déjà suffisamment d’argent en poche afin de payer nos meubles et deux premiers loyers ? Sécuriser nos instances politiques, rendre notre économie prospère et qu’on soit bleu ou rouge, notre avenir ne nous ferait plus peur !

Pendant que le débat imposé par notre élite était détourné vers la souveraineté, elle inhibait, de par la même occasion, toute volonté d’une réelle émancipation dite éclairée. Peu importe que nous ayons été fédéraliste ou souverainiste, on nous faisait sciemment passer à côté de nos idéaux collectifs, mais ce qu’on voulait, avant tout, n’était-ce pas de voir nos deniers publics être dépenser avec maturité. Sur ce point, il est quand même amusant de constater que le concept de souveraineté servit un peu plus le bipartisme que l’esprit même de la souveraineté, car un débat sain entourant la droite et la gauche aurait un peu plus démontré notre maturité à nous autogérer.

Mais la question demeure toujours, sommes-nous émancipés ? Souvenons-nous de ce conseil général du PLQ du samedi 13 novembre 2010 où tous étaient conviés à resserrer les rangs derrière un chef quotidiennement rattrapé par l’actualité. À l’époque, un seul individu, Mr Martin Drapeau, osa se lever afin de simplement demander que l’épineuse question d’une commission d’enquête sur la construction soit ajoutée à l’ordre du jour, et absolument personne n’osa seconder l’évidente proposition. Alors, sommes-nous individuellement émancipés ou agissons-nous encore en troupeau ? Naturellement, certains répondront qu’il s’agissait de libéraux, mais tous ces gens sont nos collègues de bureaux, nos voisins, nos parents et sont donc parfaitement représentatifs de notre petit monde. Aurions-nous sincèrement été plus vindicatifs et plus soucieux de notre avenir collectif si nous avions été à leur place ?

Dimanche dernier, Mr Philippe Couillard fut élu et acclamé tel un héros revenant d’une lointaine Odyssée, mais tout cela n’était-il que merveilleux mirage ? Mr Couillard ne revenait-il pas, plutôt, d’un poste de conseillé stratégique négocié, à l’époque qu’il était ministre de la Santé, auprès PCP ( Persistence Capital Partners ) du Groupe Santé Médisys, le premier fonds d’investissement privé en santé au Canada qui dispenserait, notamment, quelques services à la SAAQ et à la CSST. En effet, la direction de cette firme avait proposé ce poste à Mr Couillard le mercredi 16 avril 2008 dans un salon privé d’un restaurant de Québec. Le 4 mai, ses mêmes dirigeants recevaient, à leur maison privée, notre monstre de la Santé afin de lui transmettre une proposition d’entente et le 17 mai, Mr Couillard se rendait au bureau de cette haute direction, à Montréal, afin de signer un protocole d’entente. Lorsque Mr Couillard démissionna, le mercredi 25 juin 2008 en déclarant aux Québécois qu’il entreprendrait prochainement un processus de recherche d’emploi, il avait omis de dire qu’il avait, six mois plus tôt, déjà recruté Egon Zehnder International afin que ceux-ci lui trouvent un poste en or, chose qui aboutit le 17 mars suivant. Pendant toutes ces négociations, Mr Couillard eut aussi à préparer les projets de règlement concernant les centres médicaux spécialisés et le projet de loi 95. Le dernier projet de règlement, qui diminuait le coût du permis pour ces cliniques, avait été adopté par le conseil des ministres seulement quelques heures avant la démission de Mr Couillard. Alors, que voulaient les libéraux, dimanche dernier, en votant pour pareille pointure ? Ramener un rouge au pouvoir ou faire un véritable mea culpa à l’interne afin que l’innommable ne revienne jamais entacher la bannière fédéraliste québécoise ? furent-ils des Québécois et des Québécoises émancipés ?

Je ne connais pas l’avenir, mais lorsque mon prochain Premier ministre viendra nous déclarer qu’une hausse de taxes est malheureusement inévitable, je me souviendrai avec quelle aisance celui-ci me déclara, un certain mercredi 25 juin 2008, qu’il était désormais en mode « Recherche d’emploi » tout en sachant fort bien qu’il avait déjà signé, un mois plus tôt, un contrat d’embauche en bonne et due forme avec un employeur œuvrant dans le domaine pharmaceutique.

Les autres partis ne sont pas mieux ! Que penser de madame Pauline Marois, si celle-ci fut prête à personnellement descendre dans la rue pour que la gratuité scolaire puisse éventuellement devenir une réalité, mais qu’elle ne descendit jamais pour la défense de la définition même du Québec ? Aurait-elle tant eu à se scandaliser pour le projet de Muskrat Falls si le PQ avait fait, au préalable, son travail de protectorat de nos frontières qui évoluent, actuellement, au gré des marées ? En effet, aucun état en Amérique n’a, aujourd’hui, de frontière aussi vague que le Québec. Pourtant, le Plan Nord, les développements pétrolifères dans le golf du Saint-Laurent, les projets hydroélectriques du Labrador et de la Côte-Nord sont tous fondés sur des incertitudes territoriales selon Mrs Henri Dorion et Jean-Paul Lacasse, sommités en la matière ( Visiter un site complémentaire | L’Actualité ). Tout bon juriste vous conseillera toujours de régler les problèmes avant que ceux-ci ne se matérialisent ? Madame Marois aurait donc dû jouer de la casserole pour cette erreur perpétrée, jadis, par des juges londoniens qui, en 1927, ont confondu les rivières Romaine et Saint-Jean, soit deux rivières à saumons de la côte nord ! Comment peut-on se présenter comme étant le cerbère d’un peuple, si on se laisse prendre du territoire, et ensuite, on laisse prendre nos impôts pour permettre à autrui de venir se construire sur ces mêmes terres ?

QuébecTribune  Cartes du Québec 001

Madame Marois ne fit pas plus jouer de la casserole après avoir appris que le dernier référendum avait fait l’objet d’obscures transactions afin de travestir certains politiciens en spécialiste politique neutre et objectif très bien rémunéré par Option Canada. Le moins que nous aurions pu faire, n’aurait-il pas été de carrément annuler pareil canular par simple respect pour la voix du peuple. Lorsque Mr Jean Pelletier est venu déclarer, au quotidien « Le Soleil » daté du mercredi 14 janvier 2009 ( Voir : Note 1 ), à quel point les lois référendaires n’avaient absolument aucune importance pour lui, y a-t-il eu des gens pour descendre dans les rues ? Après pareille indifférence, comment Mme Marois peut-elle seulement continuer à penser qu’il pourrait en être autrement lors d’un futur référendum ? En 1995, nous avons toléré l’intolérable ? Les dés étaient pipés, nous savions qu’ils étaient pipés et nous avons souri en disant à la prochaine ! Sommes-nous émancipés ?

Plus récemment, le bulletin de nouvelles nous présenta Mr Amir Khadir accompagné et Mr François Legault sur la même tribune, soit le vendredi 15 février 2013. Cela fit de très bonnes photos, mais sommes-nous émancipés lorsqu’on accepte qu’un membre du Parlement appelle le peuple à la désobéissance civile ? Sommes-nous plus émancipés, lorsqu’on appuie cette personne de notre présence sans avoir, plutôt, encouragé le peuple à aller lire le programme électoral dudit député ?

Cahier de perspectives pour une société solidaire et écologique

  • Mettre en place un processus de reconversion des entreprises privées en coopératives ;
  • Nationaliser les banques pour éliminer complètement l’influence du pouvoir financier privé, une nationalisation complète du système bancaire et des institutions financières est donc proposée ;
  • Exiger que les organismes financiers de l’État ( Caisse de dépôt, Investissement Québec, etc. ) ciblent non pas le rendement maximum, mais le soutien au secteur coopératif au Québec et à l’étranger ;
  • Éliminer progressivement les grands centres commerciaux et retourner aux commerces de proximité ;
  • Proposé de remplacer l’usage du produit intérieur brut ( PIB ) par l’Indice de développement humain ( IDH ) et/ou le Bonheur intérieur brut ( BIB ), et que ces indicateurs tiennent compte du travail invisible, effectué principalement par les femmes tant dans la production que dans la reproduction sociale ; ( Page 3 / 5 / 6 / 20 )

De par nature, la droite offrira toujours un cadre économiquement plus stable que la gauche inspirée par la raison faute de l’être par les émotions, et celui qui optera pour la souveraineté aura toujours besoin de cette stabilité avant de voter pour un « oui ». En marketing, un principe demeurera toujours la grande loi : « Il ne sert à rien d’investir pour tenter d’imposer un produit qui ne répond à aucun besoin, car il ne suffit, plutôt, que de bien présenter un produit qui répond à un réel besoin », et ce produit est une gestion économiquement responsable qui ne plaira pas à tous. Après mûres réflexions, n’avons-nous pas réellement commencé à espérer mieux lorsque nous avons commencé à réaliser que nos sbires de la haute finance d’Ottawa nous laissaient des miettes sur notre avoir collectif ? Nous avons pris notre destinée en mains, avons créé la Caisse de dépôt et avons commencé à réaliser que c’était en se tenant fièrement debout qu’on pouvait voir le plus loin. Toutefois, n’avons-nous pas recommencé à regarder le sol, lorsqu’un déficit de quarante milliards vint curieusement nous faire perdre notre digne foi en l’avenir ?

Lors de sa dernière prestation, Mr Jean Charest vint nous dire qu’il avait toujours respecté notre démocratie tout en omettant de parler de ces deux billets d’avion qui avaient été donnés au couple Johnson par Option Canada ( Voir le livre : « Les secrets d’Option Canada » en page 114 ). Il ne parla pas plus de son fameux pétard mouillé de 500 000 $ de l’argent de nos taxes dépensé en toute illégalité par Option Canada afin de convaincre les Québécois de la justesse des propos du camp du Non dont il était le vice-président. Il ne parla pas plus, de ces subventions de 4 810 000 $ que le juge Bernard Grenier dû retirer de la preuve, car devant être malheureusement classés sous juridiction fédérale dans une commission d’enquête de juridiction provinciale. Non, il se contenta seulement de dire à quel point il avait été le meilleur des meilleurs devant une salle qui l’applaudit sans se souvenir. Sommes-nous émancipés ? Laissez-moi compter ! En passant, Mr Drapeau, je vous ai déjà compté …

Mr Le Contribuable

Note 1 : Dans le quotidien « Le Soleil » daté du mercredi 14 janvier 2009, les derniers propos publics de Mr Jean Pelletier furent publiés et constituèrent une véritable offense envers la démocratie du Québec et même du Canada ( Voir : Note 2 ). En voici la retranscription que je dénonce avec force et conviction, car en plus de reconnaître qu’il avait illégalement usé de nos taxes fédérales afin de pervertir notre propre exercice référendaire, Mr Pelletier osa même en ajouter en se déclarant bien au-dessus des lois et règlements québécois en pareille matière : « On était sept points en arrière. Là, Chrétien a dit : « On embarque, on ne demande plus la permission à personne ». On s’est fiché très franchement du comité du Non. … Brian Tobin et les autres ont organisé le fameux rendez-vous du vendredi de Montréal. Ils n’ont pas demandé de permission. … On a embrayé pour que ça fonctionne. … Dans le fond, les gens autour de Daniel Johnson sentaient qu’on était en train de perdre le référendum. … Dans la guerre, on ne se demande pas si les munitions sont payées, on les tire. … Vous êtes-vous posé des questions sur le financement par rapport à la loi référendaire ? Non. Il y en a peut-être qui se sont posé ces questions-là, mais pas moi. Des ordres de marche, puis salut ! Quand on est en guerre, on vas-tu perdre le pays à cause d’une virgule dans la Loi ? »

Note 2 : En construction

Photo : Montage / Cartes du Québec