Démocratie ▪ Partie 1 : Le jour où la Terre s’arrêta …

Cette journée s’annonçait des plus anodines, car absolument rien ne permettait encore de croire en de quelconques singularités s’apprêtant à venir troubler la quiétude de l’ordre établi par une humanité désabusée. Comme toujours, une petite demi-heure ayant été nécessaire pour se remettre de la violente agression d’une monstruosité de technologie dénommée « Réveille-matin », un brin de toilette, un petit café prit à la sauvette et je devais déjà filer afin prendre ce métrobus qui arrivait généralement bien plein. Que voulez-vous ? Ne sommes-nous pas tous dans la même galère ? Vivre pour travailler et travailler pour survivre tout en espérant, un jour prochain, pouvoir enfin atteindre ce niveau budgétaire où le mot « épargne » commencera réellement à vouloir signifier quelque chose.

QuébecTribune  Martin Joseph Lockard 001

Soudain, un coup de sifflet retentit afin de nous avertir qu’il est maintenant l’heure d’avancer. Chaque matin, c’est ainsi que débute la course folle de notre peine quotidienne ! Inexorablement, notre tête retourne sur le billot de la concurrence. On doit rapporter un maximum de profits pour un minimum de coûts, car sinon, le couperet du capitalisme tombera en venant nous remplacer par un autre petit robot. La lutte est de tous les instants, car le petit robot d’hier est maintenant moins neuf que le robot neuf d’aujourd’hui. Malheureusement, force est d’admettre qu’un jour viendra où notre expérience ne suffira plus à compenser les diplômes hyperspécialisés des petits nouveaux de demain. Là est la triste réalité d’un capitalisme que je ne chercherai nullement à remettre en cause, car si la vie peut nous élever au rang d’envahisseur, elle peut tout autant nous réduire au rang d’envahis. Silencieux, j’accomplirai donc ma petite besogne jusqu’à l’heure du dîner.

Assis à la cantine du complexe qui abrite mon lieu de travail, je regardais, par la fenêtre, ces millions de petits êtres qui invectivaient les grands manitous de la circulation tout en courant après le temps qui file, lorsque je réalisai que pour payer mon loyer, je me nourrissais encore d’une vulgaire pizza pochette mollasse que je n’appréciais pas particulièrement tout en discutant avec un collègue qui se nourrissait bien mieux, car ne payant plus son propre loyer. Troquant quelques fibres pour quelques gras trans, j’aurais donc quelques bourrelets de plus à la taille, mais au moins, j’aurais, contrairement à mon collègue, encore un toi sur la tête au début du prochain mois. Sur cette note, le second coup de sifflet de la journée vint mettre un terme définitif à mes rêvasseries sans importance.

À 17 heures, cela avait naturellement été le chemin inverse. Toutefois, m’étant endormi sur la banquette de l’autobus, je m’étais réveillé deux arrêts plus loin que mon terminus habituel, et comme toujours, j’avais dû marcher un peu plus que prévu afin de pouvoir réintégrer mon foyer. En arrivant chez moi, un petit plat de congelé, vite fait bien fait, tout en espérant même plus me rattraper pour ce second égarement alimentaire. Point de place à l’illusion, je ne suivrai jamais ce fameux cours d’aérobie que mon médecin généraliste me prescrit régulièrement lors de mon bilan de santé annuel.

C’est donc épuisé que je me retrouvasse calé dans un fauteuil trop rembourré. Juste assez pour disparaître, l’espace d’une soirée télé. À pareille heure, le cerveau ne répond plus vraiment, et le reportage scientifique est vite remplacé par une réalité qui est tout sauf bien réelle. Tout droit sorti d’un esprit malsain, on nous fait voir l’être humain tel un rat de laboratoire, mais tant pis. Des millions d’années d’évolution auront été balayés par une si pauvre dévolution de la sagesse humaine. Preuve est désormais faite, on nourrit notre esprit avec la même rigueur que l’on nourrit notre panse. La fatigue n’appelle-t-elle pas trop souvent la facilité ?

Après une soirée de futilité, je pitonne une dernière fois tout en allant du premier poste disponible au dernier, et puis, je m’arrête, l’espace d’un instant, sur la retransmission des débats à l’Assemblée nationale du Québec. S’apparentant un peu plus à une taverne de bas quartier qu’à la noble loge de la volonté du peuple, je m’arrête pour écouter, et j’écoute pour tenter de comprendre ( Voir : Note 1 ) :

Mme Diane Lemieux : Mr le Président, ce qui serait tellement facile pour le Premier ministre, c’est de dire aux Québécois : « Je suis conscient qu’il y a 11 personnes dans mes cabinets qui sont interpellées par cette enquête, y compris, également, deux hauts fonctionnaires, et je suis conscient que je dois donner des garanties, à défaut d’avoir à notre disposition un rapport clair, net et précis, de donner des garanties que ces personnes n’ont pas enfreint la Loi électorale. ». Mr le Président, je comprends, au silence du Premier ministre, qu’il est incapable de nous donner ces garanties. Considérant, Mr le Président, qu’il ne peut donner ces garanties, qu’il s’agit … Ce qui est en cause, c’est des manquements à nos lois électorales, c’est aussi une affaire de détournement de fonds dont aurait été au cœur son directeur de cabinet ( Voir : Note 2 ). Est-ce que le Premier ministre convient que la seule solution qu’il nous reste à ce moment-ci, c’est d’indiquer aux Québécois que, ni de près ni de loin, ces personnes ne seront impliquées dans la prochaine campagne électorale ?

Mr Jacques P. Dupuis : Mr le Président, Mr le Président, je suis totalement, complètement dérouté, scandalisé par la question de la leader de l’opposition officielle qui a le front, Mr le Président, de se lever aujourd’hui, en cette Chambre, de poser des questions qui ne sont que des suppositions, des questions qui ne sont faites que pour salir des réputations, des questions qui sont faites au sujet de gens qui ont le droit, comme tous les citoyens du Québec … tous les citoyens du Québec ont le droit à la présomption d’innocence. Il y a actuellement une enquête qui se tient devant un juge réputé, devant un juge impartial, devant un juge, Mr le Président, qui tient une enquête tout à fait objective. Et, si la leader de l’opposition officielle était le moindrement … avait le moindrement d’honnêteté intellectuelle, elle regarderait, elle regarderait … Si la leader de l’opposition officielle, si la leader de l’opposition officielle voulait regarder à sa droite et à sa gauche, et à sa droite et à sa gauche, elle verrait des gens qui ont enfreint la Loi électorale et des gens qui ont enfreint le Code criminel ( Voir : Note 3 ). C’est ça qu’elle verrait.

C’est à ce moment précis que la Terre s’arrêta, car je venais de comprendre ! Comprendre que malgré tous ces efforts quotidiennement déployés par des millions de Québécois afin de financer « Ladite machine de l’État », on ne nous respectait plus. Bien au-delà des apparences, nous étions réellement devenus de petits robots, et devions désormais nous taire tout en persistant à marcher en silence. La vérité était ailleurs, et elle y resterait, car je ne méritais plus de savoir.

Étant donné ce que sa position privilégiée de vice-président du comité du « Non » lui permit d’apprendre au cours de la dernière période référendaire, pourquoi, Mr Jean Charest décida-t-il sciemment d’organiser un scrutin en date du 26 mars 2007, soit cinq jours avant la date de remise du Rapport Grenier prévue, à l’époque, pour le 31 mars 2007 ?

Simulant fort bien l’échange de bons procédés, une première moitié de nos élus semblèrent ainsi vouloir dire qu’ils sauraient ne pas gratter certains sujets, si l’autre moitié de l’assemblée se contentait de ne pas en gratter certains autres. Même si ayant formellement été mandatés pour parler et agir au nom du peuple, nos députés reléguèrent notre démocratie aux affaires non classées. Réalisant que si les uns et les autres s’entretuaient afin de prendre le pouvoir, ils y laisseraient des plumes, et en fin de compte, la balance du pouvoir irait au troisième acteur de notre petite fiction à grand budget. Désormais, la priorité étant d’être réélu plutôt que de faire germer la vérité, un seul choix s’imposait. Mieux valait donc de feindre l’ignorance tout en perdant sa dignité afin de ne pas trop être blessé au combat plutôt que de dignement combattre, l’estafilade au menton et le courage au ventre. La soif de pouvoir avait pris le pas sur l’idéologie politique ! Le message devenait donc vide de sens, mais devait-on réellement la vérité à notre population apparemment sans âmes !

Prochainement, l’état appellerait donc des millions de petits robots aux urnes. Pensant améliorer leur sort, pensant changer leur monde, ces petits robots se prêteraient donc à l’exercice. D’un coup de pince, ils grifferaient un « X » sans valeur pour élire des gens en manque de courage, mais pendant ce temps, je savais déjà que j’userais de mon bulletin de vote afin de me faire un petit avion de papier, car ainsi, il amuserait au moins un enfant qui croit encore qu’au-delà de l’horizon, il existe toujours un monde où il y a autre chose que la lâcheté des hommes.

Mr Le Contribuable

Note 1 : Voici un extrait du journal des débats de l’Assemblée nationale lors de la 2ième session de la 37ième législature ( Séance extraordinaire ) et ayant porté sur l’enquête du DGE concernant Option Canada ainsi que sur le respect de la loi électorale par des membres du personnel politique. Cet échange fut tenu le mardi 20 février 2007 ( Visiter un site complémentaire | Journal des débats ).

Note 2 : Lors de cette intervention, Mme Diane Lemieux parlait de la possible implication de Mr Stéphane Bertrand au sein d’Option Canada.

Note 3 : Lors de cette intervention, Mr Jacques P. Dupuis parlait de certaines interventions qui auraient été pratiquées par certains membres du PQ au cours du référendum de 1995, ainsi que de la consommation avouée de cocaïne de Mr André Boisclair.

Photo : The day the Earth stood still / Mr Joseph Lockard Martin Jr.

Réflexion sur la mémoire : C’était la dernière fois …

Chose qui n’est pas commune chez moi, j’aimerais profiter de la présente tribune afin de souligner ma plus que totale admiration envers la Cour suprême du Canada, car dès le mardi 9 avril 2013, nos juges n’hésitèrent pas à troquer leur toge écarlate bordée d’hermine pour de plus humbles tenus. Nos tribuns fouillèrent et enquêtèrent afin de démontrer les bonnes mœurs de cette noble demoiselle Justice en cherchant à savoir si l’ancien juge en chef Laskin et l’ancien juge Willard Estey avaient toujours su être de parfaits gentils hommes et n’avaient point été porté à mélanger instance politique et instance juridique, en discutant du rapatriement de notre constitution d’une façon plutôt inappropriée. Nul grenier ne fut trop poussiéreux, nulle analyse ne fut trop éprouvante, afin de démontrer la virginité de ladite jouvencelle, mais l’effort en valut la chandelle, car désormais, le dossier entourant la Constitution de 1982 serait bel et bien classé pour l’éternité, et pour cause, même l’ombre d’un potentiel péché ne fut découvert ! Ce vendredi 26 avril 2013, un laconique communiqué vint nous affirmer que politique et justice avaient toujours fait chambre à part ! Amen !

En fin d’après-midi, la Cour suprême du Canada a publié un communiqué : « Nous avons complété un examen exhaustif de nos dossiers. Ceux-ci ne contiennent aucun document au sujet de communications que l’ancien juge en chef Laskin et l’ancien juge Willard Estey auraient eues avec des tiers relativement au rapatriement de la Constitution du Canada. Ceci conclut l’examen de la Cour relativement à cette question. ».

Toutefois, la Cour n’examina que ses propres dossiers internes et n’a formulé aucune demande de documents auprès du gouvernement canadien. Comme si tous et chacun avaient l’habitude de scrupuleusement décrire ses propres péchés dans son agenda ?

Le problème est que l’historien Frédéric Bastien, auteur du livre « La bataille de Londres », basa son récit sur autre chose qu’un simple ragot entendu dans un bar mal famé après une soirée bien arrosée ! En effet, le principal document, ici en cause, fut officiellement obtenu auprès du Foreign Office britannique via la Commission d’accès à l’information britannique et se trouve donc à ainsi être fait d’un béton armé sans failles. L’heure n’est donc pas réellement à une vexation mal placée qu’on veille ainsi remettre en cause la virginité de Mlle Justice, car ladite dame est désormais carrément enceinte, et ce ne fut sûrement pas l’œuvre du Saint-Esprit ! Alors, que faisons-nous ?

Comme toujours, les indépendantistes réagissent en se montrant courtoisement « déçus de l’examen sommaire de la Cour, qui laisserait de nombreuses questions sans réponses », mais ce, sans être carrément en colère ! Les fédéraux se montrent, quant à eux, indifférents et non enclins à faire renaître la « Chicane » ( Slogan propagandiste officiel du PLQ ) tout en demandant timidement un supplément d’enquête ( pour une fois ! ). Toutefois, absolument personne ne déchire sa chemise, à part Mr Lucien Bouchard. Comme si une saine démocratie pouvait naître d’une pareille charpente improvisée à partir de vulgaire branchage d’une qualité plus qu’incertaine. L’heure n’est donc pas aux courtoisies d’usage, car tous devrions être en train de réclamer la tête de celui qui profana la sainte enceinte. En ces temps d’éveil, je trouve donc notre élite plutôt apathique, mais celle-ci n’est peut-être que sous l’effet d’un hypothétique sommeil hivernal ? Encore ?

Mais peu importe, on dira ce qu’on voudra, nos juges auront été plus rapides que leur ancien confrère Frank Iacobucci qui revint de la retraite pour une belle rémunération de 500 $ de l’heure. Faut-il encore avouer que les motivations de tous et chacun ne sont que rarement les mêmes !

Nos livres d’histoire et manuels scolaires seront-ils réécrits, tant du côté anglais que français ? Aurons-nous droit à une version tout autant romancée qu’officielle ou à une version documentée qu’on voudrait tout simplement oublier ? Saurons-nous faire la part des choses entre un document « non censuré » obtenu en Angleterre via la loi d’accès à l’information britannique et le même document « censuré » obtenu au Canada via notre propre loi d’accès à l’information ? Que nous soyons indépendantistes ou fédéralistes, pensez-vous réellement que vous méritez encore la vérité sur l’histoire de votre propre pays ?

QuébecTribune  Cour suprême du Canada 001

Quelques jours avant Noël, soit le samedi 19 décembre 1981, le premier ministre québécois, Mr René Lévesque, s’était adressé au premier ministre britannique, Mme Thatcher : « À notre avis, cette entente frappe de plein fouet l’alliance des francophones et des anglophones qui a permis la création de la Confédération canadienne en 1867. Jamais auparavant, au cours de notre histoire, on n’avait demandé au Parlement britannique de restreindre sans leur consentement les droits et pouvoirs de la législature et du gouvernement du Québec. La loi projetée constitue une offensive sans précédent contre les pouvoirs permettant à la seule société d’expression française d’Amérique du Nord de défendre et promouvoir sa langue et sa culture. Pour cette raison, non seulement le Québec a-t-il refusé de souscrire à cette entente, mais l’Assemblée nationale s’est formellement opposée à la résolution fédérale lorsqu’elle fut introduite devant le Parlement canadien; subséquemment, le gouvernement du Québec a exercé son droit de veto traditionnel. Comme l’existence même de ce droit a été remise en doute par le premier ministre du Canada, le gouvernement du Québec, avec l’appui unanime de l’Assemblée nationale, a soumis la question à la Cour d’appel du Québec. S’il y a lieu, l’affaire pourra ensuite être étudiée par la Cour suprême du Canada. » ( Télécharger le document pdf | Document Politique La Constitution ). Pour Pierre Elliott Trudeau, l’important n’était pas que la Constitution soit rapatrié ou pas, car le véritable objectif était l’enchâssement d’une charte des droits qui, sous de beaux airs, permettrait un transfert décisionnel du politique vers le juridique. Désormais, notre propre culture ne serait plus dans les mains d’un gouvernement élu par le peuple québécois, mais entre les mains d’un juge élu selon d’autres considérations que la démocratie. C’est au nom de cette charte canadienne des droits qu’on pourrait désormais attaquer la loi 101, et sous la même autorité qu’on devrait désormais accepter qu’une femme au visage voilée puisse maintenant témoigner en cour.

Aujourd’hui, je réalise qu’on m’a menti, je réalise qu’on m’a mal défendu, et je ne suis pas simplement vexé, mais suis bel et bien en colère, car pour soi-disant défendre notre grande démocratie, on a violenté celle-ci. Que voilà un bien maigre héritage pour nos enfants, et une bien malheureuse nouvelle inscription sur les mémoriaux érigés en l’honneur des pères fondateurs du Canada … et ceux du Québec.

Mr Le Contribuable

N.B. Le jeudi 6 mai 2010, Mme Véronique Hivon du PQ déclara lors de l’étude des crédits devant être alloué à la justcice : « Je pense qu’il convient de prendre quelques minutes pour faire un rappel de ce qui s’est passé depuis le 12 avril dernier, jour où Marc Bellemare a indiqué, entre autres choses, avoir été contraint par des gros collecteurs de fonds du Parti Libéral de nommer ou promouvoir au moins trois juges, en prenant soin d’ajouter que le premier ministre était au courant de la situation et qu’il n’avait pas bronché … C’est étrange, et c’est non seulement étrange, mais c’est inquiétant pour notre démocratie de voir que, comme élus, on ne peut pas avoir de réponses aux questions légitimes que nous nous posons, mais surtout que les Québécois se posent, alors que les révélations continuent à se multiplier, comme ce matin, alors que nous apprenons maintenant qu’un collecteur de fonds du Parti Libéral a non seulement siégé sur un comité de sélection de juges du Québec, mais aussi qu’il a été désigné par des prédécesseurs de la ministre comme représentant du Québec sur des comités consultatifs sur les nominations à la magistrature fédérale. »

Photo : Organisme / Cour suprême du Canada

Politically correct ▪ Partie 2 : Pour deux mots, nous aurons sa peau …

Désormais, nous savons donc que lorsque des hommes et des femmes de bonne volonté ayant à dignement mener la barque de l’État québécois ont à faire un choix entre la simple réputation d’un honnête concitoyen et leur propre potentielle réélection, il n’y a plus de place pour l’ombre d’une quelconque hésitation dite de base, et leur décision devient, pour une fois, curieusement tout aussi unanime qu’expéditive. À quoi bon tergiverser et risquer de perdre tant de précieux petits votes pour simplement sauver la réputation d’un tiers ou pire, pour risquer de perdre quelques toujours bien généreuses contributions financières pour le parti. Même si l’acte de lyncher envers Mr Michaud se voulait supposément être mû par un surcroît d’éthique personnelle, ce même sens moral prit la clef des champs lorsque vint l’heure d’avoir l’humilité de s’excuser.

Bien nombreux sont ceux qui se disent aptes à équilibrer les choses de l’État, mais dans les faits, une belle cravate suffit rarement à pareille besogne ! Mais pendant que notre élite semble invariablement penser que le respect du public est un impératif fourni avec la voiture de fonction, que pensent-ils réellement des petits contribuables que nous sommes ? Ceux-ci pourraient-ils avoir à notre égard le même respect que certains ont envers la brebis qu’ils s’apprêtent à fiscalement égorger ? Sommes-nous tous susceptibles d’être sacrifiés pour la bonne cause, soit la leur ?

Il y a un siècle, Mlle Blanche Garneau fut retrouvée sans vie après avoir été violée en ces mêmes lieux où est érigée, aujourd’hui, la Centrale de police du parc Victoria de Québec. Naturellement, même si quelques nobles députés avaient cru bon, à l’époque, d’envoyer leur fils étudié sur le vieux continent après avoir emprisonné un journaliste trop curieux, cela ne changea en rien la finalité de la belle Brunelle. Apparemment, les monstres en cause parvinrent à vivre avec le fardeau d’un obscur passé, mais aujourd’hui, j’ose seulement espérer qu’il n’y a pas de boulevards, de rues ou de parcs qui portent désormais le nom de famille de la honte, car il n’y en a toujours pas qui porte le nom de la belle Blanche.

Je sais, on me dit ronchon sachant aussi bien ressasser le passé que le présent ! Tout bon politicien serait en accord avec pareille prémisse. Toutefois, je persiste à croire que notre parlement est le théâtre de bien pire que moi en pareille matière. Mr Jean Pelletier, tel que déjà citer, s’est déjà allégrement venter d’avoir illégalement fait usage de sommes bien mal acquises afin de faire gagner le Non au cours du dernier référendum. « Dans la guerre, on ne se demande pas si les munitions sont payées, on les tire … On vas-tu perdre le pays à cause d’une virgule dans la Loi ? », comme si la fin justifiait les moyens. Pour certain, il n’y avait donc plus de honte à piper les dés, des crochets semblant avoir été fait à la chaîne sur des bulletins de votation, des boîtes ne contenant curieusement que des Non, seule la victoire comptait. Qu’est que la loi si ce n’est de vagues principes que l’on peu violer … et ce fut la fin d’un beau rêve d’émancipation ! J’ose seulement espérer que ce triste sir avait plus de sens moral à son actif que lors de cette faste période où le Projet de la Grande Place de Québec ( Vaste projet immobilier qui défigura le centre-ville de Québec tout en déstabilisant fortement son économie pour des décennies ) avait la cote à la mairie, soit cette faste période où un certain Mr Laurent Gagnon était régulièrement vu à l’Hôtel de Ville de la vieille capitale. Décidément, je ne suis qu’un triste ronchon qui ne peut se résigner à payer sans ronchonner, mais ne vaut-il pas mieux un tel état à celui de triste sir !

QuébecTribune  Statue de Néron 001

Dans pareille situation, les Romains de l’Antiquité avaient une bien pratique politique, soit la « damnatio memoriæ ». Cette pratique consistait à condamner à l’oubli un membre de l’élite ayant su commettre l’irréparable de son vivant, car les Romains étaient peut être fous, mais ils avaient bien compris que l’homme politique était rarement le plus altruiste et encore moins le plus humble. Une « damnatio memoriæ » votée à l’encontre d’un personnage politique impliquait donc, par exemple, que l’on annule tous ses honneurs, que l’on efface son nom de sur tous monuments, que l’on détruise toutes statues à son image et que l’on déclare le jour de son anniversaire comme étant un jour néfaste pour la mémoire des hommes à venir. En d’autres mots, les Romains avaient fort bien compris que l’élite était bien souvent motivée par leur propre prestige, et que le retrait des honneurs constituait, sans doute, le meilleur des outrages.

C’est donc pareil tourment qui fut imposé à la mémoire d’illustres personnages tels que Caligula, Messaline, Néron ou encore Géta. D’ailleurs, la « damnatio memoriae » de ce dernier aurait été, selon Wikipédia, l’une des plus systématiques de toute l’histoire romaine. Non seulement, Caracalla ( Le frère de Géta ) fit détruire toutes les représentations ou inscription se rapportant au dit damné, et ce, d’un bout à l’autre de l’Empire, mais il fit aussi refondre toutes les monnaies à son effigie. Les archives officielles furent scrutées afin que le nom de Géta soit systématiquement et définitivement effacé du regard de l’histoire. Même les documents privés furent concernés, car les biens de ceux dont le testament mentionnait le nom de Géta étaient confisqués. Les poètes évitèrent donc de donner le nom de Géta aux personnages de leurs comédies, ce qui fait en sorte qu’aujourd’hui, on se souvient un peu moins de lui.

Quant à Marino Faliero, il ne connut bien mieux. En effet, non satisfait d’être parvenu à être élu troisième doge à la République de Venise le 11 septembre de l’an 1354, il eut l’idée d’une conspiration qui lui aurait permis de déloger l’aristocratie en place afin de mieux asseoir le pouvoir de sa propre famille en s’élevant à l’ultime fonction de « Seigneur de Venise ». En ses temps de tourmente économique, les confrontations avec Gênes avaient été tout particulièrement difficiles dans une Europe se remettant à peine de la Peste noire de 1347 – 1351. Toutefois, une confidence de trop fit échouer l’insurrection prévue pour le 15 avril 1355, et Faliero finit sans tête après avoir été jugé pour haute trahison. Aujourd’hui, on retrouve donc une simple tenture noire à l’endroit exact où devrait pourtant apparaître la silhouette de cet homme d’État sur la fresque de la salle du Grand Conseil au Palais des Doges. Une inscription, vient expliquer ce manquement à la tradition : « Hic est locus Marini Falieri, decapitati pro criminibus », soit « Ici se trouve l’emplacement de Marino Falier, décapité pour ses crimes ».

Semblant transgresser la coutume, une bien curieuse inscription se retrouve à l’endroit même où devait figurer Marino Faliero sur la grande fresque de la salle du Grand Conseil au Palais des doges de Venise : « Hic est locus Marini Falieri, decapitati pro criminibus », soit « Ici se trouve l’emplacement de Marino Falier, décapité pour ses crimes ».

Loin de moi, l’idée de vouloir passer notre élite à la moulinette, mais même si plusieurs sont fort respectables, je persiste à me demander pourquoi nous nous entêtons à en respecter d’autres qui surent tant s’avérer être médiocres de leur vivant. Un Parc au nom d’un tel, un boulevard au nom d’un autre, mais jamais de fontaine au nom d’un Mr Toutlemonde qui aurait su en faire plus que son voisin pour sa propre communauté. Ma vision est donc bien plus « Politically correct » que celle de nos élus qui n’hésitèrent pas, encore hier, à parlementairement condamné un Mr Michaud sans droit de répliques, mais je me permets aussi d’aller un peu plus loin que la publicité de ce dernier, car si certains hommes et femmes d’une hypothétique bonne conscience ne méritaient pas d’être élu, ils méritaient, peut être aussi, d’être simplement oublié.

En tant d’accommodements raisonnables, pourquoi ne ferait-on pas revivre l’essence de cette charmante tradition ? Vite, que l’on m’apporte le formulaire de candidature et j’y répondrai, pour une fois, avec enthousiasme et ivresse de l’émotion : Un Jean Pelletier pour son grand respect des lois référendaire, Un Jean Chrétien pour son grand respect des chômeurs, Un Brian Mulroney pour son grand respect de la profession journalistique ( Voir : Note 1 ), Un Jean Charest pour son grand respect du principe d’indépendance entre Justice et Politique …

… mais à quoi bon rêver à haute voix, car après tout, le mot « honorable » sied désormais à tous ceux qui peuvent bien se l’offrir, une limousine et nous courbons aussitôt l’échine, mais n’avons-nous pas les honorables que l’on réélit après avoir tant oublié ?

Mr Le Contribuable

Note 1 : Un jour, il faudra se pencher sur la nécessité d’élire démocratiquement le secrétaire général du CRTC plutôt que de le choisir de façon totalement arbitraire. Une telle fonction est d’une telle importance pour l’évolution de notre actuel pays que les différents cadres s’y ajournant devraient être contractualisé pour des périodes maximales bien définies afin d’empêcher toute implantation d’éventuelles mauvaises habitudes susceptible d’aller à l’encontre d’une seine gouvernance des communications canadiennes.

Photo : Montage / Statue de Néron

Corruption : Une cause ou une conséquence …

Il y a déjà quelque temps, un grand quotidien anglophone nous accusait d’avoir trop souvent été à l’origine de la corruption au Canada, et cela vint directement nous atteindre au cœur. Toutefois, le temps fila et place fut faite à la réflexion, une réflexion qui nous mena bien souvent à conclure que cette fameuse affirmation n’était peut-être pas si fausse que cela, mais était-ce réellement le cas ? Certes, les largesses libérales d’antan font quotidiennement la une, mais font-elles de nous un peuple de corruption par la même occasion ? Je crois plutôt que cette fameuse question en cache peut-être une autre, c’est à dire : « Sommes-nous corrompus de nature, et donc, des agents de corruption ? » ou « Sommes-nous corrompus, car on nous a corrompus ? ». Je l’avoue, la nuance est bien mince, mais elle est de première importance, car mon voisin ne peut jouer à la veuve et l’orphelin en m’accusant de recel sans avouer, aussi, que ce fut lui qui me refourguait quotidiennement sa camelot.

Je ne dirais donc pas plus que nous sommes des éléments répandant la corruption au Canada que des victimes, mais je dirais que nous ne sommes peut-être pas tant émancipé que nous voulons bien le croire, car l’émancipation d’un peuple passe impérativement par la capacité de sa population à agir de façon constructive, pacifique et autonome. Le principe d’émancipation fut donc trop souvent limité au simple concept d’indépendance, et je crois qu’il est grand temps de commencer à penser autrement ! C’est-à-dire qu’avant de vouloir faire l’indépendance du Québec, nous devrions commencer par faire un travail d’affirmation dans la relation que nous entretenons avec l’État. C’est comme si nous voulions quitter le nid familial afin de partir en logement tout en voulant que maman paie toujours notre loyer. L’indépendance ne constitue pas, pour le Québec, un moyen de s’émanciper, mais elle en est un moyen de la vivre. À ce titre, moins ce travail relationnel avec l’État est sein, et plus il a de la place à la corruption. En d’autres mots, le jour ou maman n’est pas là pour payer notre loyer, ne sachant se débrouiller seul, nous devenons donc encore plus sensibles à toutes offres qui nous seraient faites. Avant de me demander si mon gouvernement est bon, je dois donc impérativement commencer par me demander si je suis un bon concitoyen, et libre à moi, par la suite, de partir en logement ou pas, d’opter pour la souveraineté ou pas.

Cela peut paraître un tantinet philosophique, mais dans les faits, cela reste assez simple. Par exemple, qui a réellement lu le programme de Québec Solidaire avant d’aller voter pour Amir Khadir ? Notre bon Jack Layton représentait-il réellement les changements que nous voulions avoir lorsque nous avons massivement voté pour le NPD ? Combien d’entre nous vote encore pour une couleur de cravate sans avoir fait un bon devoir de questionnement ? Faute d’être émancipés, nous n’osons plus agir afin de construire ce petit monde que nous voulons tous, et faute de vouloir prendre notre place, il n’est donc plus étonnant que quelqu’un d’autre veuille la prendre à notre place ! C’est sans doute pour cela qu’à chaque élection, nous attendons un sauveur sans prendre conscience que le réel changement ne pourra venir, en réalité, que de nous-mêmes. Si je vote toujours en offrant ma confiance à celui qui a le plus beau ramage plutôt qu’à celui qui sait le mieux compter, il n’est pas étonnant, qu’un jour ou l’autre, on se fasse mentir et qu’on ne s’en aperçoive pas. Comme s’il était normal de choisir son courtier en placement avec un simple concours de chant ?

Peut-être que si nous avions plus de réels professionnels de la gestion dans nos postes clefs plutôt que d’avoir tant de professionnels des communications, ceux-ci trouveraient, plus souvent, autre chose que hausses de taxes et financement occulte comme ultime solution à tout.

Selon moi, nous ne sommes donc pas des éléments répandant la corruption, car notre système fut vicié par des protagonistes de l’extérieur, et une telle situation impliquera beaucoup d’efforts afin de pouvoir faire volte-face. C’est comme dans le cas de certains petits pays d’Afrique, riches de leurs ressources naturelles et qui ne parviennent pourtant jamais à s’en sortir, car les pressions exercées par les marchés financiers ont remplacé la soif d’or de nos rois d’antan ! De grandes entreprises telles que Nestlé se soucient fort peu du fait qu’il y ait un trafic d’enfants pour la récolte du cacao en Afrique ( 320 dollars par enfant selon certains reportages étrangers ), car l’important restera toujours la valeur des dividendes au prochain trimestre. Naturellement, cette comparaison est bien grandiloquente, mais elle nous rappelle fort bien qu’un peuple distrait sera toujours sujet à ce colonialisme économique qui prit la place du colonialisme politique. Notre compréhension de notre monde est celle induite par nos cartes politiques, mais lorsque vous êtes un grand industriel, votre carte est celle de la répartition de vos ventes et non pas celle du type géopolitique classique. Du coup, si vous êtes désireux d’envahir un nouveau marché, vous financerez, peut-être, un parti politique plutôt qu’un autre, une loi vous étant favorable sera curieusement votée, et vous envahirez ce nouveau marché à la place de votre concurrent, mais le pays restera, pourtant, toujours sous le même régime qu’il était avant votre arrivé.

Lorsqu’un pays s’est historiquement battu pour son indépendance, il sera automatiquement porté à se battre pour le respect des outils démocratique que ses ancêtres auront instauré, mais cela ne sera pas instinctivement le cas, dans une colonie. Notre absence de volonté d’émancipation ( On peut vouloir s’émanciper sans vouloir se séparer ) faite donc du Québec, une terre de providence pour celui qui voudrait nous exploiter et donc nous corrompre, mais d’où peut bien provenir pareille apathie, si ce n’est de notre passé ! Selon moi, les Québécois ne pourront jamais s’émanciper tant et aussi longtemps qu’ils n’auront pas pleinement pris conscience de ce qui a fait d’eux ce qu’ils sont aujourd’hui, car sous l’effet de maints agents colonisateurs, nos instances démocratiques et judiciaires ne sont plus faites d’un bois sain, et un tel état de fait découle principalement de deux événements historiques.

Le premier étant que nos ancêtres n’ont jamais participé à la Révolution française ou à la guerre d’indépendance américaine et n’ont donc jamais participé à une réelle volonté populaire d’émancipation. En d’autres mots, il y a une grande différence entre manifester pour s’émanciper et manifester pour demander ou pour garder un acquis, car l’émancipation est basée sur un désir profond de vouloir régler l’autonomie politique et financière de son Parlement. De ce fait, les Anglo-saxons ( Ne pas lire un quelconque propos contre les anglophones ou antimonarchique, mais plutôt, un propos anticolonialisme britannique ) bénéficièrent d’une certaine latitude pour sciemment venir miner notre estime de soi. N’étions-nous pas, hier encore, que de simples nègres blancs d’Amérique du Nord ayant une relation de culpabilité avouée envers le simple fait d’avoir de l’argent ?

Le deuxième étant la mise sur pied de la prédominante Charte canadienne de Pierre Elliott Trudeau qui, sous de beaux airs, visait simplement le transfert du pouvoir législatif vers le pouvoir juridique. De ce fait, le Canada pouvait donc prendre aisément le contrôle du Québec, car en sélectionnant simplement ses juges selon leur allégeance politique, le fédéral pouvait ainsi désormais contrôler les décisions émises par la Cour suprême du Canada. Pareille situation fut, par ailleurs, dénoncée par Jacques Brassard, Guy Chevrette, Bernard Landry et Lucien Bouchard lors d’une allocution solidaire qui visait à souligner que le Québec ne se mettrait pas à plat ventre devant une Cour suprême dont les juges étaient nommés que par allégeance politique ( Voir le livre : « Le référendum volé » en page 127 ). Dès lors, ce système de justice parallèle pouvait autant servir à contrôler la culture québécoise, à miner notre identité, qu’à, involontairement, aider un ami en fâcheuse position. C’est comme si on avait voulu se doter d’une voie de desserte allant à l’encontre de sa propre démocratie afin de pouvoir sauver son beau pays, mais que les plus fourbes d’entre nous l’utilisaient désormais à d’autres fins plus sinistres.

QuébecTribune  Mulroney Brian 001

Une démocratie est pourtant un concept vivant qui doit quotidiennement faire l’objet d’une grande vigilance afin de rester saine, mais la corruption a l’habitude de toujours gagner du terrain au même rythme que le musellement de la classe journalistique. Avons-nous seulement toujours su être solidaires envers ceux et celles qui osaient penser à haute voix ? Que ce soit dans la triste Affaire Roberts ( Voir : Note 1 ), en 1922, ou l’Affaire Brian Mulroney contre Jacques Cayer, plus récemment, nous n’avons rien fait ! Nous n’avons rien dit ! Nous avons appris à ne plus nous exprimer et maintenant, nous récoltons les fruits de ce silence qui perdure depuis déjà trop longtemps. Et si nous avions voulu qu’il en soit autrement, l’histoire de la démocratie aurait été enseignée depuis belle lurette dans nos écoles pour que des noms tels que Washington ou Lincoln puissent enfin expliquer le fait qu’un homme puisse représenter tellement plus que ce qu’il fut ! Si le PQ avait réellement voulu qu’on devienne émancipé, il nous aurait proposé des visages d’hommes et de femmes qui ont réussi à émanciper leur peuple plutôt que de diaboliser ces derniers.

Depuis trop longtemps nous n’élisons plus d’hommes de valeur ( Celui qui sait, tout en décidant de se taire, ne vaut pas mieux que celui qui a agi malhonnêtement ! ), car nous nous contentons de simples porte-parole spécialisés en communication plutôt que d’exiger de réels gestionnaires. Ces freluquets de la gestion permettent, par la suite, à notre État d’être sciemment administré par de hauts fonctionnaires non élus confortablement installés à vie dans des fauteuils décisionnels qui ne leur sont pourtant pas démocratiquement destinés. Qu’on soit souverainiste ou fédéraliste, il faudra pourtant bien, tôt ou tard, s’attaquer à la véritable racine du mal en redonnant le pouvoir à des hommes de valeur plutôt qu’aux différents mégaentreprises et lobbys de tout genre que nos politiciens actuels représentent trop souvent et qui se font un plaisir d’abaisser le Québec au rang d’une simple colonie, et pour ce faire, il faudra remettre en cause notre bonne vieille justice.

La collusion entre l’économique et le politique n’est pourtant pas nouvelle en soi, car L’histoire des chemins de fer canadiens figure parmi ces meilleurs exemples. Le journaliste Gustavus Myers l’a, par ailleurs, très bien décrit dans son livre publié en 1914 sur l’histoire des riches au Canada ( History of Canadian Wealth ). À l’époque, la Loi sur les chemins de fer de 1849 prévoyait toutes les garanties financières du gouvernement du Canada aux entreprises privées de chemins de fer. Toutefois, le préambule de la loi omettait un point fort intéressant, soit que les membres de ce même Parlement qui avait adopté cette loi étaient eux-mêmes, généralement, des entrepreneurs en chemin de fer ou aspiraient à le devenir. De telles connivences au su de tous auraient été parfaitement inimaginables aux États-Unis ( Voir le livre : « Le référendum volé » en page 51 ).

Plus récemment, que pouvons-nous dire sur l’historique de cette grande entreprise québécoise qui appartint à l’épouse de Robert Bourassa ? Que pouvons-nous dire de ces camions qui sortaient supposément du chantier olympique de 1976 sans avoir vidé leur chargement de béton ? Une légende ? Qu’aurions-nous pu dire sans être classifiés de médias cloacaux ?

En conclusion, je dirai que la corruption, il y en a naturellement partout, mais celle-ci est, par nature, plus porté à s’installer de façon sévère dans les vieilles colonies, car étant des sociétés non réellement émancipées. Il n’y a donc jamais de problèmes de termites sans problèmes de bois pourri. Aujourd’hui, nous voyons que la construction et la politique entretiennent trop de relations incestueuses, mais il faudrait surtout s’interroger sur les éléments de l’environnement qui permirent à de telles relations de s’épanouir de la sorte ? Chaque scandale, mis au grand jour, nous rend, heureusement, toujours plus propre pourvu qu’on sache réellement en tirer quelques leçons. Comme maître Guy Bertrand osa le déclarer au quotidien « Le Soleil » daté du vendredi 8 septembre 1989 : « Le Watergate, c’était une petite affaire. Ici, on parle de corruption de l’appareil juridique … » ( Télécharger le document pdf | 2,18 Mo ), mais étions-nous seulement là pour l’écouter ?

Mr Le Contribuable

N.B. Le présent texte fut publié, une première fois, le dimanche 18 septembre 2011, et en voici la troisième diffusion.

Note 1 : En 1922, l’Affaire Roberts mena le Québec dans une véritable tourmente judiciaire. En effet, ce journaliste avait laissé sous-entendre que certains députés seraient directement intervenus afin de faire obstruction dans l’enquête sur le meurtre de Blanche Garneau, une jeune demoiselle habitant la basse ville de Québec. Amené à la barre de la Chambre, Mr John H. Roberts avait refusé de préciser ses accusations et pour éviter que la peine d’emprisonnement prévue à la loi de la Législature ne prenne fin avec la session, les parlementaires avaient modifié la loi pour créer une peine rétroactive d’un an. Cette réaction abusive du Parlement avait alors causé un certain traumatisme et ce n’est que dans la refonte de la loi de la législature, en 1982, que l’Assemblée a enfin choisi de se départir de son pouvoir punir ceux qui portent atteinte à ses droits et privilèges ( Voir le livre : « L’Affaire Michaud » en page 95 ). Dans tout le Grand Empire britannique, ce fut le seul moment où pareille intervention de censure fut gérée de la sorte.

Photo : Mr Brian Mulroney